Phænix |Tome 1: Les Cendres de l’Oubli – Carina Rozenfeld

Les Cendres de l'Oubli

Titre: Phænix, Tome 1: Les Cendres de l’Oubli

Auteur: Carina Rozenfeld

Date de Parution: 06 Septembre 2012

Éditeur: Robert Laffont, Collection R, 450 pages

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Présentation de l’auteur:

Carina Rozenfeld est une auteure française née à Paris où elle y réside toujours. Après des études d’urbanisme et de géographie, elle s’est tournée vers l’édition pour finalement devenir journaliste dans la presse jeunesse. Mais depuis quelques années, l’auteure se consacre uniquement à l’écriture de ses romans dont certains ont été récompensés comme La Quête des livres-monde ou encore Les Clefs de Babel. D’autres ont été admirés pour leur univers musical, je cite les séries Phænix et La Symphonie des Abysses.

Retrouvez son site www.carinarozenfeld.wordpress.com

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Quatrième de Couverture:

Elle a 18 ans. Il en a 20. Depuis l’origine des temps, ils forment le Phænix, l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres.

Mais les deux amants ont été séparés et ont oublié leurs vies antérieures…

Anaïa a déménagé en Provence avec ses parents et y commence sa première année d’université. Passionnée de musique et de théâtre, elle mène une existence normale. Jusqu’à ce qu’elle fasse cette troublante série de rêves dans lesquels un jeune homme lui parle, et constate une mystérieuse apparition de grains de beauté au creux de sa main gauche. Plus troublant encore: deux séduisants garçons se comportent comme s’ils la connaissaient depuis toujours…

Bouleversée par ces événements, Anaïa devra souffler sur les braises mourantes de sa mémoire pour comprendre qui elle est vraiment et retrouver son âme sœur.

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Description:

Le personnage principal: Anaïa.

Après avoir habité toute sa vie à Paris, Anaïa Heche déménage avec ses parents dans le Var, au Sud de la France. Âgée de dix-sept ans, Anaïa vient de terminer le lycée et s’apprête à faire son entrée en première année de licence à l’université. Jusqu’ici, tout va pour le mieux mais le bonheur est de courte durée… En effet, depuis un certain temps – et plus précisément, depuis son déménagement – Anaïa se met à faire des rêves étranges, des rêves incroyablement réels qui la laissent bouleversée et déstabilisée à son réveil. Bien que désireuse de comprendre ces rêves qui reviennent la hanter de plus en plus fréquemment, elle se laisse toutefois entraîner dans sa toute nouvelle existence. L’université lui plaît énormément, sa nouvelle maison également et elle a le bonheur de retrouver une amie d’enfance qui fait sa rentrée avec elle. Que demander de plus ? Certainement pas deux garçons aussi séduisants qu’inquiétants qui la rendent quelque peu mal à l’aise en leur présence…

En effet, Eidan et Enry, deux garçons aussi différents physiquement qu’émotionnellement, se découvrent une soudaine envie de l’aborder et de lui tenir des propos aux sens mystérieux et incompréhensibles. Anaïa, déroutée par leur comportement, tente néanmoins de forger un lien avec eux. Si elle se rapproche d’Enry, elle a plus de mal avec Eidan car, contrairement à Enry – qui est enjoué, plein de vie et d’entrain – il se montre plutôt intimidant, totalement indéchiffrable… et est capable de susciter en elle de troublants sentiments dont elle n’arrive pas à déterminer la nature.

Mais les soucis ne s’arrêtent pas là car Anaïa est aussi témoin d’un phénomène aussi inexplicable qu’alarmant: de curieux grains de beauté se mettent à apparaître sur sa paume gauche et elle n’a pas la moindre idée de la cause de ce prodige… Et que dire de ces soudaines bouffées de chaleur qui la brûlent de l’intérieur et qui se manifestent aussi soudainement qu’ils disparaissent ? Quelque chose ne tourne pas rond, Anaïa le sait, et son petit doigt lui dit qu’il existe deux garçons qui pourraient bien être la clef de ce mystère…

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Extraits:

Extrait 1

Prologue

« Enfin.

Un signe.

Etre séparé d’elle était la pire des tortures. Cela faisait quatre mois déjà qu’elle était partie, ses beaux yeux verts baignés de larmes, écarquillés sur des images qu’elle ne parvenait pas à chasser. Elle avait claqué la porte avec violence, après avoir hurlé une promesse terrible, un sort scellé à jamais. Il ne l’avait pas crue. C’était impossible. Elle ne pouvait pas faire ça… Le pouvait-elle ? Après tout, qu’en savait-il ? Cette situation ne s’était jamais présentée en plusieurs milliers d’années.

Elle ne lui avait même pas laissé le temps de se justifier. Rien n’était arrivé par hasard. Rien. Mais il n’avait pas pu le lui dire. Pourtant, il avait tenté de la calmer, de lui parler, le désespoir le dévorant au fur et à mesure qu’il comprenait qu’il l’avait déjà perdue. Anéantie, elle avait refusé de l’écouter, puis avait proféré cette malédiction d’une voix pleine de rage, de douleur, de déception. Jusqu’à ce moment-là, il n’avait pas compris qu’elle irait au bout. Pour lui, il était évident qu’elle allait revenir; ils prendraient alors le temps de s’expliquer, enfin elle admettrait le fait qu’un ennemi les menaçait en tentant de détruire leur amour. Après tout, ensemble, ils avaient traversé des situations tellement plus dangereuses… Rien ne pouvait les séparer. Rien.

Cependant, ils étaient maintenant séparés depuis cent vingt jours qui lui avaient semblé s’étirer plus que les siècles qu’il avait déjà parcourus. Le vide avait envahi son quotidien, vide qu’il n’avait pas cherché à combler. Même la musique l’avait abandonné. Ses doigts, sur les touches du piano, restaient inanimés. Le silence s’insinuait partout. Dans chaque interstice de sa vie, dans chacun de ses souffles qu’il n’entendait plus la nuit. Son battement de cœur lui manquait, son rire, ses chants incessants. Cette absence terrible le rendait fou, contractait chacun de ses muscles à l’intérieur de lui. Un seul but le poussait à se lever le matin, depuis ce jour funeste: la retrouver, lui demander de l’écouter enfin, d’accepter sa version des faits. Il l’avait cherchée partout à la surface de la planète, espérant une trace infime, un indice.

D’habitude, il l’entendait dans sa tête; elle lui parlait, même quand elle partait loin. C’était leur lien, leur union parfaite. Leurs voix ne se quittaient pas, leurs pensées demeuraient reliées. Ainsi, ils n’étaient jamais séparés. Toujours fusionnés, pour l’éternité. Mais depuis son départ, il ne l’entendait plus, elle avait fermé son esprit. Était-elle morte ? Non, impossible ! Elle ne pouvait pas mourir sans lui !

Et enfin, un signe.

Il l’avait finalement perçue en plein sommeil. Un cri d’agonie terrible qui s’était répercuté contre les parois de son crâne, le réveillant en sursaut. Hagard, il avait fouillé du regard les ombres de leur chambre, cherchant à comprendre. Avait-il rêvé ? Peut-être, et pourtant… Mais le cri se répéta, et cette fois il était bien conscient. Elle avait rouvert son esprit un bref instant, une brèche dans le silence, et il pouvait distinguer où elle se trouvait. Il reconnaissait le lieu qu’elle contemplait. C’était à seulement quelques kilomètres de là ! D’un geste brusque, il repoussa les couvertures, trébucha en se précipitant vers la fenêtre.

En toute hâte, il prit son envol, avalant la distance à tire d’aile. Il l’avait retrouvée. Le soulagement balaya les mois d’angoisse. Sa raison de vivre était tout près désormais, il allait la rejoindre, la sauver, la serrer dans ses bras, lui promettre que plus jamais il ne la décevrait…  Il ne pouvait plus entendre ses pensées, mais il savait où l’atteindre, et bientôt ils seraient réunis. Le soleil du matin réchauffa ses plumes, la brise le poussait en avant, comme solidaire de son effort.

Il fit un grand cercle au-dessus de la roche blanche qui reflétait les rayons de l’aube. Son regard perçant scrutait chaque détail du paysage.

Tout à coup, il la vit, et son cœur fit un bond. Quelque chose n’était pas normal. Elle était couchée au pied de la falaise, au bord de la mer. Ses longs cheveux avaient foncé à cause de l’eau qui montait puis descendait autour de sa silhouette pâle, la recouvrant en rythme d’une pellicule brillante sous la lumière naissante. Ses jambes et son cou formaient un angle bizarre avec le reste de son corps. Brisé. Elle ne respirait plus. N’était plus… Il était arrivé trop tard. Aussitôt, un vertige le saisit, la bile remonta dans sa gorge. Qu’était-il arrivé ? Pourquoi ? S’il avait pu, à ce moment-là, il aurait hurlé sa détresse, son désespoir, mais les oiseaux ne hurlent pas.

Il ferma brièvement les yeux en planant au-dessus de la plage. Pourtant, le soleil annonçait une si belle journée… Le ciel s’étirait à l’infini, parfaitement bleu, uni à la mer qui scintillait joyeusement sous la lumière d’été, pailletée d’or et d’argent. Son ombre à lui, noire, immense, se reflétait sur les vagues dansantes qu’il survolait. Un parfum iodé mêlé à celui des fleurs flottait dans l’air. Du laurier-rose. Tout embaumait le laurier-rose. Non, personne ne devait mourir par une journée pareille. Le monde était tellement vivant !

Il savait qu’il ne pouvait pas vivre sans elle. Elle ne pouvait pas mourir sans lui. Alors, le cœur saignant de douleur, il replia ses ailes et se laissa tomber comme une pierre dans les flots. « A bientôt, mon amour », songea-t-il tandis que l’eau se refermait derrière lui, telle une tombe mouvante et glaciale. La lumière dorée s’atténua dans les profondeurs, ainsi que les bruits de la vie. Bientôt, il oublia tout et se perdit dans les ténèbres… »


Extrait 2

« – Elle est ici, elle n’a pas quitté son lit depuis ce matin…

La voix de ma mère semblait flotter dans la pénombre de ma chambre, encore barricadée derrière les volets.

J’avais passé une nuit épouvantable, hantée par le chuchotement qui continuait à me parler dans le creux de l’oreille. Pourtant, je ne comprenais pas un traître mot du secret qu’il me confiait. Ma peau brûlait, semblait se consumer, et cette sensation m’avait entraînée dans des rêves horribles, où je me noyais dans des flammes, mais sans jamais m’embraser réellement. Et j’avais chaud, beaucoup trop chaud, j’allais finir par devenir comme ces papiers jetés au feu, racornis et noircis. Tout ce qu’il resterait de moi serait un petit tas de cendres sur mon drap. Pourtant, je me réveillai dans mon lit, inondée de sueur, les lèvres desséchées, la peau rougie par mes accès de température, mais intacte. Maman était montée dans ma chambre un peu plus tôt parce que je n’avais pas fait mon apparition pour le petit déjeuner. Elle m’avait trouvée épuisée, déshydratée, le visage creusé, les yeux soulignés de cernes violacés, les cheveux collés dans mon cou.

– Mon Dieu, Anaïa, mais que t’arrive-t-il ?

Ma gorge était trop parcheminée pour que je puisse lui répondre. Rapidement, elle alla me chercher un verre d’eau que je vidai d’un trait. Pourtant, je ne me sentis pas mieux. Assise sur mon lit, elle m’observa, un pli inquiet barrant son front. Sa main fraîche posée sur mon visage ne faisait qu’augmenter ma sensation de fusion intérieure.

– Tu es très rouge, et brûlante, mais ça ne peut pas être la rougeole, tu es vaccinée. Une forme de grippe ? J’appelle tout de suite le docteur Dambë.

Avais-je dormi ? Cinq minutes plus tard, il était déjà là, encore plus immense que dans mon souvenir.

– Ma petite Anaïa, ça fait bien longtemps, chantonna-t-il de sa voix de contrebasse.

Rien qu’en l’entendant, des centaines de souvenirs de vacances, d’après-midi passées dans la maison de Garance me revinrent en tête.

– Bonjour docteur, croassai-je.

Je tentai de me redresser, mais n’y parvins pas.

– Non, non, ne bouge pas, murmura-t-il.

Il s’assit au bord du lit, là où maman s’était tenue un peu plus tôt, et posa une longue main sur mon front.

– Tu es bouillante.

Il sortit de sa sacoche de cuir noir un thermomètre auriculaire et l’enfonça délicatement dans mon oreille après avoir dégagé, très doucement, une longue mèche de cheveux entortillée dans mon cou. Très rapidement, le bip bip résonna, indiquant qu’il avait terminé de prendre ma température.

Je vis alors le docteur froncer les sourcils en observant le résultat.

– 37,3°, ce n’est pas possible !

Il secoua son appareil, avant de le glisser dans l’autre oreille.

Bip bip.

– 37,3°, encore. Je ne comprends pas. Je te trouve très chaude, Anaïa, mais tu n’as pas de fièvre. Tu te sens comment ?

– Brûlante, fatiguée.

– Mal à la tête ? A la gorge ? Des nausées ?

Je fis signe que non.

Il procéda quand même à une auscultation totale, sans rien trouver d’étrange, à part une tension un peu basse.

– Je ne sais pas quoi te dire, je n’ai jamais constaté un tel phénomène de toute ma carrière. Mais ce n’est pas la première fois que tu me surprends… Tu vas prendre de l’aspirine et te reposer. Si jamais ton état devait se modifier ou empirer, il faudrait me prévenir tout de suite, c’est compris ?

– Oui, compris.

– Bien. Ta mère a mon numéro. Qu’elle n’hésite pas à m’appeler à n’importe quel moment.

– Merci, docteur.

Il m’adressa un sourire bienveillant. Garance lui ressemblait beaucoup. Les mêmes fossettes, les mêmes dents éclatantes, la même gentillesse.

Après cela, je ne me souviens pas très bien de mon dimanche, juste de la lumière, derrière les volets entrouverts, qui changeait à mesure que la journée passait, d’Arsène qui vint me voir, puis repartit, d’un aboiement lointain de Rody dans le jardin, de la voix étouffée de maman qui le calmait en lui disant que ce n’était qu’un oiseau. Une partie embrumée de mon esprit me souffla la vision de l’immense aigle noir aperçu quelques jours auparavant et il se percha de longues minutes dans mes rêves flous. Finalement, vers 18 heures, j’émergeai d’une longue sieste parfaitement reposée. Je n’avais plus chaud, j’étais affamée.

Quand maman me vit descendre dans le salon encore en pyjama, ébouriffée au possible, mais debout et souriante, elle se précipita vers moi pour me soutenir, avant de constater que je tenais tout à fait bien sur mes jambes et que ma peau avait repris une température parfaitement normale. Elle téléphona alors au médecin pour le prévenir que j’allais mieux, ce qui ne le surprit qu’à moitié et, de mon côté, j’appelai Garance pour lui annoncer que je serai bel et bien à la fac le lendemain.

Le soir, avant de retourner me coucher, je comptai les grains de beauté dans ma paume gauche.

Dix. Il y en avait désormais dix. »


Extrait 3

« Marc nous donna quelques pages imprimées et photocopiées, puis Eidan et moi nous éclipsâmes dans les coulisses.

– J’ai eu ton message, hier soir, dit-il, alors que nous entrions dans une loge où se trouvait un canapé. Je suis content que tu aies changé d’avis.

– On dirait que tu savais déjà que la chanson de Sia allait me faire fondre.

Il me fit un clin d’œil.

– Je te connais…

– Ça m’étonnerait !

Il redevint sérieux.

– Crois-moi, je te connais… mieux que tu ne le penses.

Non, il ne me connaissait pas, mais comme je n’avais pas envie de polémiquer plus que nécessaire, je laissai tomber le sujet pour lire le dialogue que nous avions à préparer et je blêmis. Nous devions jouer des amants, Eva et Christian. Je découvrais qu’il m’avait trompée, je hurlais, il tentait de se défendre. Ma journée était de plus en plus pourrie, j’aurais dû faire comme Garance et me faire porter pâle. Enfin… Trop tard maintenant pour reculer.

– Bon…, commença Eidan, après avoir lui aussi découvert notre mission. J’aurais préféré étudier la folie de l’amour, ou de l’avarice, plutôt que celle de la jalousie et de la douleur…

– Moi aussi, murmurai-je.

Sa mâchoire paraissait crispée et il avait également perdu ses couleurs. Cela me rassura de voir que le thème le mettait autant mal à l’aise que moi. D’un seul coup, je le trouvai vulnérable, dépouillé ce côté intimidant qui me faisait perdre tous mes moyens près de lui.

– Ça va aller, ajoutai-je, désireuse soudainement de le rassurer.

Il ne répondit rien.

Nous lûmes nos tirades en silence, le temps pour nous de nous imprégner de la situation que nous allions jouer. Puis, après avoir échangé quelques idées de mise en scène, l’heure vint d’affronter notre public.

Eidan récupéra une chaise qu’il posa au milieu de la scène et s’y assit, en tenant son texte de manière à faire croire qu’il lisait le journal. Les chuchotements du public moururent alors que je me cachais derrière le rideau des coulisses, la veste d’Eidan en main.

Enfin, une fois prête, j’entrai sur scène en brandissant le vêtement à bout de bras.

EVA, furieuse. – Que suis-je censée penser ? Tu l’as fait exprès ? Tu cherches à m’humilier, c’est ça ?

CHRISTIAN, étonné. – Je ne comprends pas un mot de ce que tu me dis. Tu pourrais être plus claire et cesser de hurler comme une folle ?

EVA. – Arrête de me prendre pour une idiote, Christian. Je retrouve, posée sur notre lit, ta veste avec une marque de rouge à lèvres sur le col. Dans le genre pas discret, et surtout pas original, on ne peut pas mieux faire !

CHRISTIAN. – Mais de quoi parles-tu ?

EVA, montrant la veste à Christian. – De ça !

CHRISTIAN. – Eva, je t’assure que je ne sais pas d’où vient cette trace !

Nous continuâmes notre échange ainsi. Je devais devenir folle de rage, de jalousie. Maintenant que j’étais en situation, ma voix se faisait plus forte, grimpait dans les aigus et se mettait à trembler. Je devenais une vraie furie, ce qui ne me ressemblait pas du tout. Eidan, quant à lui, jouait son personnage à la perfection: stupéfaction, incompréhension, tristesse, les émotions qui le traversaient étaient plus vraies que nature. Et c’est là que tout commença à déraper.

CHRISTIAN. – Eva, tu dois me faire confiance, je ne t’ai pas trompée, à aucun moment ! Je ne sais pas d’où vient cette trace.

Eidan lâcha son texte et son visage se déforma, comme submergé par la douleur. Ses yeux s’élargirent, trop noirs, baignés de larmes.

– Je t’aime, tu le sais, je n’aurais jamais fait une chose pareille, tu dois me croire !

Je me figeai, indécise. Ce n’était pas dans le texte. Mais Eidan continuait à parler, il semblait en transe, comme s’il voyait autre chose, une situation qui n’était pas celle de notre scène, mais qui se superposait à la réalité.

– Comment pourrais-je te trahir ? Comment pourrais-je même ressentir du désir pour une autre femme ? Nous sommes prédestinés, nous sommes faits l’un pour l’autre, mon amour, nous ne pouvons pas vivre l’un sans l’autre. Pourquoi irais-je chercher ce que je ne veux pas ? C’est un piège, tu vois bien que quelqu’un tente de nous séparer ! Ce n’est pas la première fois que cela se produit !

Gênée, je me tournai vers Marc, lui demandant du regard ce que je devais faire. Mais ce dernier observait Eidan avec ravissement. Visiblement, cette digression allait exactement dans le sens de sa quête intérieure: la folie de l’amour, du désespoir.

Je refis face à mon camarade et mon cœur se serra. Ses poings crispés, les bras tendus le long de son corps, la tête baissée, une larme unique roulant sur sa joue. Il était l’image même de la souffrance.

– Eidan…, murmurai-je, espérant l’arracher à ce qui lui faisait si mal.

Il se redressa, me regarda comme si j’étais une apparition, et fis un pas en arrière, telle une bête prise dans la nasse d’un prédateur. Se rendant compte de ce qui venait de se produire, il essuya son visage du revers de sa manche et regarda le public, épouvanté.

– Je… je suis désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris…

– Non, Eidan, c’était très bien ! Magnifique ! s’exclama Marc, transporté de délectation.

J’eus envie de lui mettre une claque. Il ne voyait pas qu’Eidan était vraiment bouleversé ? Que ce qui se déroulait allait bien au-delà de la représentation, du jeu et de l’exercice ?

– Je dois prendre l’air, je dois…, bégaya encore Eidan.

Il sauta de la scène et, sans se retourner, courut vers la sortie. La porte claqua derrière lui et l’on entendit les pas de sa course décroître dans le couloir. Immobile, je tenais toujours sa veste dans ma main. J’étais complètement secouée par l’intensité de ce que je venais de vivre. »

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Mon Avis:

Les Cendres de l’Oubli de la série Phænix est le premier livre de Carina Rozenfeld que j’ai lu. Pour être honnête, je n’avais aucune idée de qui était l’auteure et c’est avec plaisir que je me suis lancée à la recherche d’infos et surtout, que j’ai découvert ses bouquins ! Dès que j’ai pu, j’ai filé me procurer ce livre et sa suite car l’histoire me semblait intéressante et oui, je l’avoue, la couverture a tout de suite retenu mon attention :P. Et, en bonne accro de livres que je suis, je me suis lancée dans la lecture dès que je l’ai eu en ma possession.

La première chose que j’ai immédiatement adorée et qui m’a totalement séduite est la liste incroyable de chansons présentées. La musique a un lien puissant avec l’histoire et les personnages et nombre des titres, si ce n’est pas tous, sont très profonds, très sentimentaux, et font passer un véritable message à travers leurs paroles. Je n’ai pu m’empêcher de me dénicher les titres pour ensuite les écouter au moment opportun et découvrir les mêmes sensations qui font autant frémir nos personnages… C’est une expérience saisissante et bouleversante, surtout que ce sont majoritairement des chansons d’amour destinés à Anaïa…

Parlons maintenant un peu de l’histoire et de ses protagonistes. J’ai bien appréciée l’aura de mystère dont l’auteure a enveloppé les personnages d’Eidan et d’Enry. Ils sont énigmatiques, insaisissables et bien que certaines choses nous paraissent évidentes, il reste toujours un soupçon de doute ou une question sans réponse qui flotte dans l’air… Anaïa, quant à elle, est dans le brouillard tout comme nous – les lecteurs – et nous découvrons la vérité petit à petit, morceau par morceau, sans se précipiter, laissant ainsi traîner le suspense (à mon plus grand plaisir…). L’intrigue a été bien nouée, laissant chaque nouvelle découverte, chaque nouveau mystère nous entraîner ancore plus loin dans l’histoire.

Je dirai donc que c’est un livre entraînant, assez addictif, dont j’ai eu du mal à me détacher (j’ai failli le lire d’une traite et même si je l’ai lu un dimanche, sans occupation particulière, j’ai malheureusement dû me nourrir ;) !). Evidemment, une fois l’histoire commencée, il est impossible de la laisser en cours de route – surtout vu la façon dont se termine ce premier tome… La suite ne se fera certainement pas attendre !

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Phænix, Tome 1: Les Cendres de l’Oubli – Carina Rozenfeld


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