Le Noeud de la Sorcière – Deborah Harkness

Le Noeud de la Sorciere

Titre: Le Nœud de la Sorcière

(Original: All Souls, Book 3: The Book of Life)

Auteur: Deborah Harkness

Date de Parution: 15 Octobre 2014

Éditeur: Calmann-Lévy/Orbit, 576 pages

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Présentation de l’auteur:

Deborah Harkness est un professeur d’histoire à l’université en Californie du Sud qui a eu l’honneur de travailler dans les plus prestigieuses bibliothèques des Etats-Unis et d’Angleterre. Elle débute sa carrière de romancière fantastique pour une simple question: « Si les vampires existaient, quel métier feraient-ils ? » Dès lors, elle écrit son premier livre de la Trilogie All Souls « Le Livre Perdu des Sortilèges », suivi par « L’Ecole de la Nuit » puis finalement par « Le Nœud de la Sorcière ». Ses ouvrages ont immédiatement séduits ses lecteurs et ont connu un succès international.

Retrouvez son site www.deborah-harkness.fr

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Quatrième de Couverture:

Un manuscrit perdu, un amour impossible…

Après un séjour en 1590, Diana Bishop et Matthew Clairmont reviennent dans le présent pour affronter d’anciens ennemis et de nouveaux dangers. Dans le domaine familial de Sept-Tours, la sorcière et le vampire vont retrouver amis et membres de leur vaste clan – à une exception près. Une terrible menace pèse sur leur avenir, et elle ne se dissipera que s’ils parviennent à récupérer les pages manquantes de l’Ashmole 782. Mais ils ne sont pas les seuls engagés dans cette quête, or le temps presse, car la grossesse de Diana arrive à son terme et Matthew a de son côté décidé de défier la Congrégation qui régit la vie de toutes les créatures surnaturelles.

De vieux châteaux en laboratoires universitaires, s’appuyant sur des savoirs séculaires aussi bien que sur les sciences modernes, depuis les collines de l’Auvergne jusqu’aux palais vénitiens, Diana et Matthew, décidés à protéger leur amour défendu coûte que coûte, finiront par découvrir le secret extraordinaire que les sorcières ont percé voilà des siècles et des siècles.

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Description:

Le personnage principal: Diana.

Légèrement mélancolique à son retour au XXIe siècle mais soulagée d’être parvenue à retrouver son époque, Diana est empressée de retrouver sa famille, de leur faire part de ses nombreuses découvertes… et de leur faire une surprise de taille ! Car Diana est enceinte, à son plus grand bonheur et à celui de Matthew. Mais les retrouvailles sont loin d’être aussi heureuses qu’elle se l’imaginait…

Entre le décès d’un membre de la famille cher à son cœur, les manigances de la Congrégation et la présence de Baldwin à Sept-Tours, l’atmosphère est assez lugubre et tendue. Mais Diana et Matthew ne se laissent pas abattre. S’ils ont entrepris ce voyage dans le passé, c’est pour une bonne raison et il n’est pas question d’abandonner maintenant, même si certaines personnes ne leur facilitent pas la tâche. Ainsi, la quête des pages manquantes de l’Ashmole 782 continue pour Diana. Toutefois, Matthew se montre excessivement protecteur à son égard et la grossesse est loin d’arranger les choses… Et alors que leur situation commençait à se stabiliser, d’autres événements ébranlent leur fragile équilibre.

En effet, l’apparition soudaine du fils de Matthew, Benjamin, jette une ombre terrifiante sur la famille des Clairmont. Avec un projet inquiétant et des intentions plus que maléfiques, il devient un ennemi redoutable et Matthew est bien décidé à le détruire, autant pour le bien des créatures que pour protéger sa famille, et notamment Diana et ses enfants. Et comme si la situation n’était pas encore assez compliquée, des tensions et des disputes fréquentes animent les deux frères, Baldwin et Matthew, et celles-ci vont les mener à une décision drastique… et irrévocable.

Dans tout ce chaos se retrouve Diana, mais bien que fatiguée par sa grossesse et inquiète des nombreux problèmes qui pèsent sur les épaules de Matthew, elle ne quitte pas son objectif du regard. Heureusement, elle se retrouve entourée de personnes qui seraient prêtes à tout pour l’aider et la soutenir, que ce soit sa famille… ou encore d’anciens amis.

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Extraits:

Extrait 1

 » Une étincelle blanche attira mon regard. Je souris et posai la bouilloire sur le feu en me disant que c’était l’un des fantômes enfuis de la maison. Sarah serait ravie si l’un d’eux était disposé à revenir.

Ce n’était pas un fantôme.

Grace trottina devant l’âtre de la distillerie sur ses petites jambes de deux ans.

– Joli ! gazouilla-t-elle.

– Grace !

Surprise par mon cri, la petite tourna la tête. Cela suffit à la déséquilibrer et elle piqua du nez vers le feu.

Jamais je n’allais pouvoir l’atteindre à temps, bloquée comme je l’étais derrière l’îlot central à six mètres de là. Je plongeai la main dans la poche de mon short et en sortis mes cordelettes de tisseuse. Elles s’enroulèrent autour de mes doigts et de mon poignet alors que Grace poussait un cri perçant.

Je n’avais pas non plus le temps de lancer une incantation. J’agis uniquement mue par l’instinct et me campai fermement sur le sol. L’eau était tout autour de nous, coulant dans les profondes artères qui sillonnaient la terre des Bishop. Elle était en moi aussi et, m’efforçant de me concentrer sur sa puissance élémentaire brute, j’isolai les filaments bleus, verts et argent soulignant tout ce qui dans la cuisine et la distillerie était lié à l’eau.

En une fraction de seconde, je dirigeai un éclair d’eau vers la cheminée. Un jet de vapeur jaillit, les braises sifflèrent, et c’est dans une bouillie de cendres et d’eau que Grace s’affala lourdement.

– Grace ! s’exclama Abby en se précipitant sur elle, suivie de Caleb.

Matthew m’attira dans ses bras. J’étais trempée jusqu’aux os et je grelottais de froid. Il me frictionna le dos pour me réchauffer.

– Heureusement que vous avez tout ce pouvoir sur l’eau, Diana, dit Abby en prenant Grace dans ses bras.

– Elle n’a rien ? demandai-je. Elle a tendu le bras pour se rattraper, mais elle était affreusement proche des flammes.

– Elle a la main un peu rouge, dit Caleb en examinant les doigts menus. Qu’en pensez-vous, Matthew ?

Matthew prit la main de l’enfant.

– Joli, fit-elle.

– Je sais, murmura Matthew. Le feu, c’est très joli. Mais c’est très chaud, aussi.

Il souffla sur ses doigts et elle éclata de rire. Fernando lui tendit un linge humide et un glaçon.

– ‘Core ! ordonna-t-elle en brandissant sa main sous le nez de Matthew.

– Tout a l’air d’aller et il n’y a pas de cloques, dit Matthew après avoir obéi à l’ordre du petit tyran et soufflé sur ses doigts. (Il lui enveloppa délicatement la main dans le linge humide et y pressa le glaçon.) Elle devrait s’en remettre.

– Je ne savais pas que tu étais capable de lancer des éclairs d’eau, dit Sarah en me jetant un regard aigu. Tu vas bien ? Tu as l’air différente… Tu brilles.

– Je vais bien.

Je me dégageai de Matthew en essayant de ramener sur moi les lambeaux de mon sortilège de déguisement. Je scrutai le sol autour de l’îlot central, cherchant les cordelettes de tisseuse que j’avais laissées tomber, au cas où il faudrait que je bricole discrètement mon camouflage.

– Qu’est-ce que tu t’es mise partout sur toi ? demanda Sarah.

Elle me saisit la main et la retourna paume en l’air. J’étouffai un cri. Chaque doigt portait une ligne colorée au centre. L’auriculaire était rayé de brun, l’annulaire de jaune. Un bleu vif marquait mon majeur et le rouge flamboyait impérieusement sur mon index. Les lignes colorées se rejoignaient sur ma paume et continuaient jusqu’à la partie charnue pour former une corde tressées multicolore. Elle y rejoignait la ligne verte qui provenait de mon pouce – une ironie, étant donné le destin que connaissaient la plupart des plantes que j’avais chez moi. La tresse à cinq couleurs rejoignait mon poignet pour former un nœud à cinq traverses – le pentacle.

– Mes cordelettes de tisseuse. Elles sont… en moi, dis-je en jetant un regard incrédule à Matthew.

Mais la plupart des tisseuses utilisaient neuf cordelettes et non pas cinq. Je retournai mon autre main et découvris les autres: la noire sur mon pouce, la blanche sur l’auriculaire, la dorée sur l’annulaire et l’argentée sur le majeur. L’index n’avait aucune couleur. Et une fois réunies, elles se rejoignaient sur mon poignet, formant un ouroboros, un cercle sans commencement ni fin qui ressemblait à un serpent se mordant la queue. L’emblème de la famille Clairmont. »


Extrait 2

 » Matthew flaira l’air. La maison était remplie de l’odeur amère et âcre que Diana avait comparée à celle d’un feu de charbon, tandis que de faibles accords de Bach flottaient dans l’air. La Passion selon saint Matthieu – la même musique que Benjamin passait dans son laboratoire pour torturer sa sorcière prisonnière. Matthew sentit son ventre se nouer.

Il pénétra dans le salon. Ce qu’il vit le figea immédiatement. D’austères fresques noires et grises couvraient les murs jusqu’au moindre pouce. Jack, juché en haut d’un échafaudage de fortune bricolé avec des meubles, avait un fusain à la main. Le sol était jonché de bouts de fusain et des lambeaux de papier qu’il avait arraché au fur et à mesure de leur usure.

Matthew balaya du regard les murs du sol au plafond. Des paysages détaillés, des études d’animaux et de plantes d’une précision presque microscopique et des portraits expressifs s’alignaient aux côtés de surprenants et vastes pans de lignes et de formes qui défiaient toute logique. L’effet général était magnifique, mais dérangeant, comme si Van Dyck avait peint Guernica.

– Mon Dieu, dit Matthew en se signant instinctivement.

[…]

– Vous auriez dû m’appeler plus tôt.

Matthew garda exprès un ton calme. Malgré ses efforts, Jack tourna des yeux vitreux et aveugles vers lui alors que sa fureur sanguinaire montait en réaction à la tension planant dans l’atmosphère.

– Ce n’est pas la première fois qu’il fait cela, dit Hubbard. Il a dessiné sur les murs de sa chambre dans la crypte de l’église. Mais il n’a jamais dessiné autant de choses aussi vite. Et jamais…lui, ajouta-t-il en levant les yeux.

Le nez, les yeux et la bouche de Benjamin occupaient la majeure partie d’un mur et contemplaient Jack avec une convoitise malsaine. Ses traits étaient bien reconnaissables dans leur cruauté, et encore plus menaçants de ne pas être enfermés dans les contours d’un visage.

Jack s’était un peu éloigné du portrait de Benjamin et travaillait à présent sur la dernière portion intacte de mur. Les images couvrant la pièce suivaient grossièrement une séquence d’événements allant de sa vie à Londres avant de devenir un vampire jusqu’à l’époque présente. Les chevalets devant la fenêtre étaient le point de départ du troublant cycle d’images.

Matthew les examina. Chacun présentait ce que les peintres appellent une étude – un élément isolé d’une scène plus vaste leur permettant de comprendre des problèmes particuliers de composition ou de perspective. La première était le dessin d’une main d’homme, à la peau fendillée et abîmée par le travail manuel. L’image d’une bouche cruelle où manquaient des dents occupait un autre chevalet. Le troisième montrait les lacets entrecroisés de culottes d’homme avec un doigt recourbé et prêt à les détacher. La dernière représentait un couteau dont la pointe s’enfonçait dans la peau sur l’os iliaque proéminent d’un garçon.

Matthew réunit mentalement ces images – main, bouche, culottes, couteau – pendant que La Passion selon saint Matthieu résonnait. Il poussa un juron devant la scène violente qui lui vint immédiatement à l’esprit.

– L’un des plus anciens souvenirs de Jack, dit Hubbard.

Matthew se rappela sa première rencontre avec Jack, dont il aurait coupé l’oreille si Diana n’était pas intervenue. Comme beaucoup d’autres, lui aussi avait offert à Jack violence au lieu de compassion.

– S’il n’avait pas eu ce don pour la peinture et la musique, Jack se serait suicidé. Nous avons souvent remercié Philippe de son cadeau, dit Andrew en désignant le violoncelle dressé dans un coin.

Matthew avait reconnu la volute caractéristique de l’instrument dès l’instant où il avait posé les yeux dessus. Lui et le Signor Montagnana, le luthier vénitien, avaient surnommé ce violoncelle « la duchesse de Marlborough » en raison de ses formes généreuses, mais cependant élégantes. Matthew avait appris à jouer sur Duchesse à l’époque où les luths tombaient en disgrâce et étaient remplacées par les violons, violes et violoncelles. Duchesse avait mystérieusement disparu pendant son séjour à la Nouvelle-Orléans pour châtier les enfants de Marcus. Quand il était revenu, il avait demandé à Philippe ce qu’était devenu l’instrument. Son père avait haussé les épaules et lui avait marmonné une histoire qui n’avait ni queue ni tête où il était question de Napoléon et des Anglais.

– Jack écoute toujours Bach quand il dessine ? demanda Matthew à voix basse.

– Il préfère Beethoven. Jack a commencé à écouter Bach après… vous savez, dit Hubbard avec une grimace.

[…]

Voulant profiter de l’occasion, Matthew s’approcha sans un bruit du violoncelle. Il le saisit par le manche et ramassa l’archet que Jack avait négligemment laissé par terre.

Il s’assit au bord d’une chaise, l’oreille près de l’instrument, tout en passant l’archet sur les cordes en les pinçant, pour entendre les notes rondes du violoncelle par-dessus Bach qui hurlait toujours dans les hauts-parleurs posés sur la bibliothèque voisine.

– Coupe-moi ce vacarme, dit-il à Gallowglass en réglant une dernière fois les chevilles avant de commencer à jouer. Pendant quelques mesures, ce fut une cacophonie entre le violoncelle et le chœur et l’orchestre. Puis la grandiose oeuvre chorale de Bach se tut. Dans le silence, Matthew glissa quelques notes en guise d’étape intermédiaire entre les accords grandiloquents de la Passion et quelque chose qui, espérait-il, aiderait Jack à se ressaisir.

Matthew avait soigneusement choisi le morceau: c’était le Lacrimosa du requiem de Jean-Chrétien Bach. Malgré cela, Jack sursauta au changement d’accompagnement musical et se retint d’une main contre le mur. A mesure que la musique déferlait sur lui, sa respiration ralentit et se fit plus régulière. Quand il reprit sa tâche, ce fut pour dessiner la silhouette de l’abbaye de Westminster au lieu d’une autre créature souffrante.

Pendant qu’il jouait, Matthew baissa la tête d’un air suppliant. S’il y avait eu un chœur, ainsi que le compositeur l’avait prévu, celui-ci aurait chanté la messe en latin pour les morts. Comme il était seul, Matthew imita les voix humaines absentes avec le son plaintif du violoncelle.

Lacrimosa dies illa, chantait l’instrument. Ce jour sera plein de larmes / Où se lèvera des cendres / L’homme coupable afin d’être jugé.

Epargne-le donc, Seigneur, pria Matthew alors qu’il jouait le vers suivant en mettant toute sa foi et son tourment dans chaque mouvement de l’archet.

Quand il arriva à la fin du Lacrimosa, Matthew enchaîna avec les accords de la Sonate pour violoncelle n° 1 en fa majeur de Beethoven. La pièce avait été écrite pour piano et violoncelle, mais Matthew espéra que Jack la connaissait assez bien pour rajouter mentalement les notes manquantes.

Les gestes de Jack ralentirent encore se faisant de plus en plus doux à chaque mesure. Matthew reconnut la torche de la statue de la Liberté, le clocher de Center Church de New Haven.

La folie temporaire de Jack s’atténuait peut-être à mesure qu’il se rapprochait du présent, mais Matthew savait qu’il n’en était pas encore libéré.

Il manquait une image.

Pour aider Jack, Matthew recourut à l’une de ses œuvres favorites: le Requiem de Fauré, plein d’espoir et d’inspiration. Longtemps avant de rencontrer Diana, l’une de ses grandes joies était d’aller à New College écouter le chœur interpréter l’oeuvre. C’est seulement quand il arriva à la dernière partie, In Paradisum, que l’image qu’attendait Matthew prit forme sous la main de Jack qui dessinait en cadence avec la glorieuse musique, tout son corps suivant le chant paisible du violoncelle.

Que les Anges, en chœur, te reçoivent / Et que tu jouisses du repos éternel / Avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare. Matthew connaissait ces vers par cœur, car ils accompagnaient la dépouille de l’église à la tombe – un lieu de repos qui était trop souvent refusé aux créatures comme lui. Matthew avait chanté ces mêmes paroles devant le corps de Philippe, pleuré avec elles quand Hugh était mort, s’était puni avec elles quand Eleanor et Célia étaient mortes, et les avaient répétées quinze siècles durant pendant qu’il portait le deuil de Blanca et de Lucas, son épouse et son enfant sang-chauds.

Cependant, ce soir, ces paroles familières entraînèrent Jack – et Matthew avec lui – vers une deuxième chance. Matthew regarda, fasciné, Jack faire surgir de la surface laiteuse du mur le visage délicieux et familier de Diana. Ses grands yeux étaient remplis de joie, ses lèvre entrouvertes dans un commencement de sourire étonné. Matthew avait manqué l’instant précieux où Diana avait reconnu Jack. Il y assistait à présent.

Voir ce portrait confirma à Matthew ce qu’il soupçonnait déjà: avec lui, Jack se sentait peut-être en sécurité comme avec un père, mais c’était avec Diana qu’il se sentait aimé.

Matthew continua de faire glisser ses doigts et l’archet sur les cordes. Puis Jack s’arrêta enfin et ses doigts inertes lâchèrent le fusain qui tomba avec un bruit sec sur le sol. »


Extrait 3

 » Matthew pria que prendre le sang et les souvenirs de Jack suffise à Baldwin pour ce soir.

C’est trop tard qu’il se rappela qu’il y avait parmi les souvenirs de Jack des histoires qu’il valait mieux garder secrètes.

Trop tard qu’il perçut l’odeur de chèvrefeuille et d’orage d’été.

Et trop tard qu’il vit Diana lâcher Corra.

La vouivre de Diana s’échappa des épaules de sa maîtresse et s’éleva dans les airs. Corra fondit sur Baldwin avec un cri perçant, toutes serres dehors et les ailes flamboyantes. Baldwin empoigna de sa main libre la bête par une patte et l’écarta violemment. Corra se fracassa contre le mur, se froissant une aile. Diana se plia en deux en se cramponnant le bras, mais la violente douleur n’ébranla pas sa résolution.

– Ôtez vos mains. De. Mon. Fils.

La peau de Diana luisait et l’aura subtile qui était toujours visible sans son sortilège de déguisement apparaissait désormais comme la lumière caractéristique d’un prisme. Des arcs-en-ciel de couleur jaillirent sous sa peau – pas seulement dans ses mains, mais le long de ses bras, des tendons de son cou, s’entortillant et s’enroulant comme si les cordelettes dans ses doigts s’étaient répandues tout le long de son corps.

Quand Lobero tira sur sa laisse pour essayer d’atteindre Corra, Matthew le lâcha. Lobero se précipita sur la vouivre, lui léchant le museau et la poussant de sa truffe pour l’aider à se relever et à voler au secours de Diana.

Mais Diana n’avait pas besoin d’aide – ni de Matthew, ni de Lobero ni même de Corra. Elle se redressa, écarta la main gauche, paume vers le bas, les doigts vers le sol. Les lames du parquet s’arrachèrent et se fendirent pour former d’épais rameaux qui se dressèrent, s’enroulèrent autour des pieds de Baldwin et l’immobilisèrent. Puis de longues épines mortellement acérées en jaillirent et s’enfoncèrent dans sa chair.

Diana fixa son regard sur Baldwin, tendit la main droite et tira. Le poignet de Jack se tendit comme s’il était attaché à Diana. Le reste de sa personne suivit et un instant plus tard, il gisait sur le sol, loin de Baldwin.

Matthew imita Lobero et se précipita sur lui pour le protéger.

– Assez Baldwin, dit-il en levant la main.

– Pardon, Matthew, chuchota Jack qui gisait toujours sur le sol. Il a surgi de nulle part et s’est jeté sur Gallowglass. Quand je suis surpris… (Il se tut et frémit, ramenant ses genoux contre sa poitrine.) Je ne savais pas qui c’était.

[…]

Matthew traversait déjà la pièce et refermait les mains sur la gorge de Baldwin.

– Je veux ta parole que si Diana te libère, tu ne la toucheras pas pour ce qui s’est passé ici ce soir, dit-il en serrant les doigts. Sinon, je te tuerai, Baldwin. Ne te méprends pas.

– Nous n’en avons pas terminé, Matthew, l’avertit Baldwin.

– Je sais.

Matthew plongea son regard dans celui de son frère jusqu’à ce qu’il hoche la tête.

Puis il se tourna vers Diana. Les couleurs qui palpitaient sous sa peau lui rappelèrent la boule scintillante d’énergie qu’elle lui avait offerte à Madison alors qu’ils ignoraient encore l’un et l’autre qu’elle était une tisseuse. Les couleurs étaient plus vives au bout de ses doigts, comme si c’était là qu’attendait sa magie, prête à être libérée. Sachant à quel point sa fureur sanguinaire était imprévisible quand elle affleurait, Matthew traita sa femme avec précaution.

– Diana ? (Il écarta les cheveux de son visage, cherchant à voir dans les yeux pailletés d’or si elle le reconnaissait. Il ne vit que l’infini, ses yeux fixés sur un paysage invisible. Il changea de tactique et essaya de la ramener dans le présent.) Jack est avec Gallowglass et Hubbard, ma lionne*. Baldwin ne lui fera aucun mal ce soir, dit-il en pesant soigneusement ses mots. Tu devrais le ramener à la maison. (Chris se redressa, prêt à protester.) Peut-être que Chris peut t’accompagner, poursuivit doucement Matthew. Corra et Lobero aussi.

– Corra, dit Diana d’une voix rauque.

Elle cilla, mais même l’inquiétude pour sa vouivre ne parvint pas à briser son regard fixe. Matthew se demanda ce qu’elle voyait et qui leur échappait, et pourquoi elle était ainsi captivée. Il éprouva un troublant pincement de jalousie.

– Miriam est avec Corra.

Matthew avait du mal à se détourner des profondeurs bleu sombre de ses yeux.

– Baldwin… lui a fait mal.

Diana paraissait déroutée, comme si elle avait oublié que les vampires n’étaient pas comme les autres créatures. Elle frotta son bras d’un air absent.

Au moment précis où Matthew pensait qu’elle pouvait entendre raison, la colère de Diana reprit. Il en sentit l’odeur – la saveur.

– Il a fait mal à Jack.

Diana ouvrit les doigts dans un brusque spasme. Sans plus se demander s’il était prudent de s’interposer entre une tisseuse et son pouvoir, Matthew les saisit avant qu’ils aient pu opérer leur magie.

– Baldwin va te laisser emmener Jack à la maison. En échange, il faut que tu libères Baldwin. Vous ne pouvez pas être en guerre tous les deux. La famille n’y survivrait pas. (D’après ce qu’il avait vu ce soir, Diana était tout aussi obstinée que Baldwin quand il s’agissait de détruire les obstacles sur son chemin. Matthew porta ses doigts à ses lèvres.) Tu te rappelles quand nous parlions de nos enfants à Londres ? Nous nous demandions ce dont ils auraient besoin.

Cela attira l’attention de Diana. Enfin. Ses yeux se braquèrent sur lui.

– D’amour, chuchota-t-elle. D’un adulte qui soit responsable d’eux. D’un abri douillet.

– C’est cela, sourit Matthew. Jack a besoin de toi. Libère Baldwin de ton sortilège.

La magie de Diana céda dans un frisson qui la secoua de la tête aux pieds. Elle claqua des doigts dans la direction de Baldwin. Les épines se rétractèrent et les rameaux s’écartèrent avant de rentrer dans les lames fendues du parquet autour du vampire. En peu de temps, il fut libéré et la maison de Gallowglass retrouva son aspect normal. »

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Mon Avis:

Et voici le dernier tome de la trilogie All Souls… qui s’est révélé être un livre à la hauteur de ses attentes.

L’histoire entière, sans m’appuyer particulièrement sur ce livre-ci, est riche en événements, en mystères, en informations et en complications. Ce n’est pas une histoire simple, légère, et facilement compréhensible que l’on peut lire en une seule journée. Non. Nous devons prendre le temps de lire chaque phrase, chaque paragraphe, chaque chapitre, digérer toutes les informations que l’on récolte et surtout les comprendre pour pouvoir  suivre correctement les diverses conclusions et avancées des personnages. Et comme Le Noeud de la sorcière est le tome final de la série, les informations et révélations (aussi nombreuses que surprenantes) fusent et nous tiennent en haleine jusqu’à la toute fin.

Mes espoirs quant à Diana ne se sont finalement pas révélés vains: elle est effectivement devenue plus courageuse et déterminée que jamais, plus puissante, et surtout, plus sure d’elle et de ses capacités. Elle m’a surprise de nombreuses fois par ses actes, et c’est une femme complètement métamorphosée que nous retrouvons ici. Nous avons vraiment du mal à croire que c’est la même femme solitaire, effrayée par sa nature de sorcière et terrifiée par son incapacité à contrôler ses pouvoirs…

Matthew se trouve également changé: bien que toujours aussi possessif et protecteur par rapport à Diana, il se montre toutefois plus ouverts aux besoins et demandes de son épouse , même s’il ne lui cède pas tout le temps (c’est Matthew, ne l’oublions pas :D !), et il laisse entrevoir ses émotions tous comme certains souvenirs de son passé. Néanmoins, une chose n’a pas changé: il est toujours aussi irrémédiablement amoureux de Diana et certaines de ses déclarations (si ce ne sont pas toutes) sont incroyablement touchantes… Ainsi, je suis vraiment stupéfaite par le chemin qu’ont parcouru ces deux-là.

Que pourrai-je dire de plus… Je peux affirmer que j’étais absolument ravie de retrouver plus souvent le point de vue de Matthew… et d’avoir même droit au point de vue de Gallowglass un certain temps. C’est un personnage plutôt mystérieux dont on ne sait pas grand chose mais qui a su tout de même attirer mon attention et ma sympathie. Et bien que je me doutais de certaines choses à son sujet, leur confirmation m’a tout de même surprise… Il faut dire que « surprendre » est le deuxième nom de Deborah Harkness ;)

En bref, c’est une excellente fin que nous avons là même si l’auteure nous laisse dans la perplexité. En effet, des questions se posent sur Abricot et Bonbon (comme Gallowglass a nommé les enfants alors qu’il étaient encore dans le ventre de leur mère :D) qui nous amènent à croire qu’une suite serait possible avec, cette fois, les enfants de Diana et Matthew comme protagonistes… Qui sait ? Peut-être qu’une telle éventualité est possible…

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Le Nœud de la Sorcière – Deborah Harkness


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