L’Ecole de la Nuit – Deborah Harkness

L'Ecole de la Nuit

Titre: L’Ecole de la Nuit

(Original: All Souls, Book 2: Shadow of Night)

Auteur: Deborah Harkness

Date de Parution: 12 Septembre 2012

Éditeur: Calmann-Lévy/Orbit, 552 pages

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Présentation de l’auteur:

Deborah Harkness est un professeur d’histoire à l’université en Californie du Sud qui a eu l’honneur de travailler dans les plus prestigieuses bibliothèques des Etats-Unis et d’Angleterre. Elle débute sa carrière de romancière fantastique pour une simple question: « Si les vampires existaient, quel métier feraient-ils ? » Dès lors, elle écrit son premier livre de la Trilogie All Souls « Le Livre Perdu des Sortilèges », suivi par « L’Ecole de la Nuit » puis finalement par « Le Nœud de la Sorcière ». Ses ouvrages ont immédiatement séduits ses lecteurs et ont connu un succès international.

Retrouvez son site www.deborah-harkness.fr

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Quatrième de Couverture:

Puis vinrent la fuite et le passé…

Diana Bishop, jeune historienne héritière d’une puissante lignée de sorcières, et le vampire Matthew Clairmont ont brisé le pacte qui leur interdisait de s’aimer. Quand Diana a découvert un manuscrit alchimique à la bibliothèque d’Oxford, elle a déclenché un conflit millénaire. La paix fragile entre les vampires, les sorcières, les démons et les humains est désormais menacée.

Déterminés à percer le mystère de l’Ashmole 782, le manuscrit perdu, et tentant d’échapper à leurs ennemis, Diana et Matthew ont fui à Londres… en 1590. Un monde d’espions et de subterfuges, qui les plonge dans les arcanes du passé de Matthew et les confronte aux pouvoirs de Diana.

Et à l’inquiétante École de la nuit.

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Description:

Le personnage principal: Diana.

Pour comprendre ses pouvoirs et trouver une sorcière capable de l’aider ainsi que mettre la main sur l’Ashmole 782 et fuir la Congrégation, Diana a décidé de se rendre avec Matthew Clairmont à Londres… en 1590. Seul un voyage dans le passé pourra éclaircir leur situation, en tout cas, c’est ce qu’espère Diana. Sur place, elle est ravie de l’opportunité que lui offre ce retour dans le temps: elle pourra découvrir les mystères du Londres élisabéthain, ainsi que rencontrer les plus grands et célèbres personnages qu’a abrité cette époque ! Le rêve de n’importe quelle historienne ! Mais elle ne se doutait aucunement qu’elle se retrouverait impliquée dans les affaires de la cour et dans de nombreuses autres intrigues….

Leur excursion dans le passé ne se révèle pas aussi simple qu’elle l’avait imaginé. Tout d’abord, ses difficultés à s’adapter à l’époque ne lui facilitent pas la tâche surtout que la chasse aux sorcières est ouverte et qu’elle doit faire au mieux pour se fondre dans le paysage… Ensuite, les intrigues de la cour pèsent sur leurs épaules, notamment sur ceux de Matthew, et les éloignent de plus en plus de leur objectifs premiers. Et pour finir, Matthew lui même se comporte d’une manière différente et lui cache de nombreuses choses. Diana se rappelle toujours des paroles du démon Hamish qui l’avait averti que Matthew ne serait pas le même… et elle se rend compte rapidement à quel point ses paroles étaient justes.

Avec tous ces problèmes, Diana se pose de plus en plus de questions. Arrivera-t-elle à lever le mystère qui plane autour de ses pouvoirs ? Qui est en possession de l’Ashmole 782 et comment le récupérer ? Pourra-t-elle affronter le sombre passé de Matthew et tous les secrets qui vont avec ? Mais aussi: Sera-t-elle en mesure de retourner à son époque ?

Quelques Précisions

Nous trouvons nombre de personnages historiques célèbres dans l’époque où Diana et Matthew ont atterri, donc à la fin du XVI siècle, et qui sont les chers amis de Matthew. Pourquoi ne pas les énumérer et faire une courte description de leur personne ?

  • Sir Walter Raleigh (1552-1618): Courtisan, navigateur et écrivain anglais. Etant le favori d’Elizabeth Ier, il reçoit d’importants bénéfices. En 1584-1585, il explora la côte nord-américaine et essaya de coloniser la Virginie. Remplacé auprès de la reine par Essex, il part explorer la Guyane. Il tombe toutefois en disgrâce à l’avènement de Jacques Ier et fut emprisonné à la Tour de Londres puis exécuté.
  • Christopher Marlowe (1564-1593): Auteur dramatique anglais. Il est l’un des grands dramaturges du règne de la reine Elisabeth et le précurseur de Shakespeare par son Edouard II (1592) qui est la première tragédie historique du théâtre anglais, et par la Tragique Histoire du docteur Faust (1588).
  • George Chapman (1559-1634): Poète dramatique anglais. Sa première pièce, le Mendiant aveugle d’Alexandrie (1596), fut suivie de drames traitant d’événements contemporains comme la Tragédie de Chabot (1613), ou encore de comédies tel que Rien que des sots (1599). Il est également connu pour sa traduction d’Homère (l’Iliade en 1611; l’Odyssée en 1616).
  • Henry Percy, 9e comte de Northumberland (1564-1632): Gentilhomme anglais mais également alchimiste, astronome, mathématicien, médecin et géographe. Il est surnommé le « Comte Sorcier ». Il fut emprisonné à la Tour de Londres de 1605 à 1621 après avoir été compromis dans la Conspiration des poudres (conspiration organisé en 1604-1605 par des catholiques anglais pour faire sauter le Parlement et le roi Jacques Ier).
  • Thomas Harriot (1560-1621): Mathématicien et astrologue anglais. Il est reconnu principalement pour ses travaux d’algèbre moderne, les premiers dessins de la Lune à travers une lunette astronomique et les premiers travaux sur la théorie de la réfraction.

Je n’ai listé que les célèbres membres de l’Ecole de la Nuit et qui sont, comme je l’ai dit plus haut, les amis les plus proches de Matthew. Sinon, vous trouverez également William Shakespeare, le poète dramatique anglais, l’empereur Rodolphe II de Habsbourg, la reine Elisabeth Ire, William Cecil, homme politique anglais et secrétaire d’Elisabeth, Nicholas Hilliard, peintre et miniaturiste anglais et d’autres… En tout cas, avec l’Ecole de la Nuit, ce sont les noms qui me sont restés en mémoire… Il sont assez nombreux !

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Extraits:

Extrait 1

« – Je ne sais pas trop, dis-je, hésitante.

– Essaie, m’encouragea Matthew d’une voix assurée. Tu as allumé des bougies il y a quelques jours.

C’était exact. J’avais finalement été capable d’allumer les lanternes d’Halloween qui bordaient l’allée de la maison des Bishop. Cependant, personne n’avait assisté à mes premières et maladroites tentatives. Aujourd’hui, les yeux de Kit et Tom me tapotaient avec impatience. Je sentais à peine le frôlement du regard de la veuve Beaton, mais je n’étais que trop consciente de l’attention froide et familière de Matthew. En réaction, le sang se glaça dans mes veines, comme s’il refusait de produire le feu nécessaire pour ce petit tour de sorcellerie. Avec espoir, je me concentrai sur la mèche et murmurai le sortilège.

Il ne se passa rien.

– Détends-toi, murmura Matthew. Et le livre ? Ne devrais-tu pas commencer par là ?

Outre le fait que l’ordre correct des gestes était important en sorcellerie, je ne savais même pas comment m’y prendre pour Les Eléments d’Euclide. Devais-je penser à l’air prisonnier entre les fibres du papier ou invoquer un vent pour soulever sa couverture ? Je n’arrivais pas à réfléchir calmement avec ce carillon incessant.

– Pouvez-vous arrêter la cloche, s’il vous plaît ? implorai-je, angoissée.

La veuve Beaton claqua des doigts et la clochette retomba sur la table avec un dernier coup sonore qui fit vibrer ses flancs cabossés, puis elle se tut.

– C’est comme je vous le disais, master Roydon, triompha la veuve Beaton. Quelque magie que vous pensez avoir vue, ce n’était qu’illusion. Cette femme n’a aucun pouvoir. Le village n’a rien à craindre d’elle.

– Peut-être que la sorcière essaie de te piéger, Matthew , intervint Kit. Je ne l’en croirais pas incapable. Ces créatures ne sont que duplicité.

D’autres sorcières avaient proclamé la même chose que la veuve Beaton, et avec autant de satisfaction. J’éprouvai un soudain besoin de prouver qu’elle avait tort et de clouer le petit bec prétentieux de Kit.

– Je ne peux pas allumer une bougie. Et personne n’a su m’enseigner comment ouvrir un livre ou faire taire une cloche. Mais si je suis sans pouvoir, comment expliquez-vous ceci ?

Une coupe de fruits était posée non loin. Des coings dorés, fraîchement cueillis dans le jardin, luisaient dans la lumière blafarde. J’en choisis un et le posai sur ma paume afin que chacun puisse le voir.

Ma peau me chatouilla alors que je me concentrais sur le fruit. Sa chair m’apparaissait clairement à travers la peau coriace du fruit, comme s’il avait été fait de verre. Je fermai lentement les paupières, pendant que mon troisième œil s’ouvrait et commençait à chercher des informations. La conscience se fit jour au centre de mon front, se répandit dans mon bras et dans mes doigts. Elle s’étendait comme les racines d’un arbre et ses filaments s’insinuaient dans le coing.

Un par un, je m’emparai des secrets du fruit. Un ver logé dans son cœur en rongeait la chair. Mon attention fut attirée par la force qui y était emprisonnée et une chaleur pétilla dans ma langue avec le goût du soleil. La peau entre mes sourcils palpita de délice tandis que je buvais la lumière de l’invisible soleil. Toute cette force, songeai-je. La vie. La mort. L’assistance disparaissait, insignifiante. La seule chose qui comptait à présent, c’était la possibilité infinie de connaissance posée dans ma main.

Le soleil réagit à quelque invitation muette et quitta le coing pour remonter dans mes doigts. Instinctivement, je tentai de résister et de la maintenir à sa place, dans le fruit, mais le coing vira au brun, se fripa et s’effondra sur lui-même.

La veuve Beaton étouffa un cri qui brisa ma concentration. Je sursautai et laissai tomber le fruit qui s’écrasa par terre et éclaboussa le parquet. Quand je levai les yeux, Henry se signait de nouveau, manifestement bouleversé, à en juger par son regard fixe et le mouvement machinal de sa main. Tom et Walter fixaient mes doigts, où de minuscules filaments de soleil tentaient vainement de couler vers le coing. Matthew enserra ma main dans les siennes, dissimulant toute trace de ce pouvoir mal maîtrisé. Mes mains crépitaient encore et je tentai de les retirer pour ne pas le brûler. Il secoua la tête sans me lâcher et plongea son regard dans le mien comme pour me dire qu’il était assez fort pour absorber n’importe quelle magie lancée sur lui. Après une légère hésitation, je me détendis. »


Extrait 2

« – Avancez vers moi.

J’obéis et Matthew se mit à se débattre, alors que son père appuyait un peu plus sur sa gorge. Je poussai un cri et il se débattit de plus belle.

– Matthew est en proie à une fureur sanguinaire. Nous autres manjasang sommes plus proches de la nature que toute autre créature. De purs prédateurs même si nous parlons plusieurs langues et portons des vêtements raffinés. C’est le loup en lui qui essaie de se libérer afin de pouvoir tuer.

– Une fureur sanguinaire ? répétai-je dans un chuchotement.

– Tous les membres de notre espèce n’en sont pas affligés. Le mal est dans le sang d’Ysabeau, transmis par son créateur et à ses enfants. Ysabeau et Louis ont été épargnés, mais pas Matthew ni Louisa. Et le fils de Matthew, Benjamin, en souffre également.

Je ne savais rien de ce fils, mais Matthew m’avait raconté sur Louisa des histoires à vous dresser les cheveux sur la tête. La même tendance à l’excès était dans le sang de Matthew et il pouvait la transmettre aux enfants que nous pourrions avoir. Au moment où je croyais connaître tous les secrets qui éloignaient Matthew de mon lit, j’en apprenais un nouveau: la peur d’une maladie héréditaire.

– Qu’est-ce qui la déclenche ? demandai-je, la gorge serrée.

– Bien des choses, et c’est pire quand il est fatigué ou qu’il a faim. Matthew n’est plus maître de lui-même quand cette fureur s’empare de lui, et elle peut le faire agir contre sa véritable nature.

Eleanor. C’était ainsi qu’elle était morte, prise au piège entre Matthew et Baldwin. Ses mises en garde répétées concernant son tempérament possessif et le danger qu’il représentait ne me paraissaient plus des paroles en l’air. Comme mes crises de panique, c’était une réaction physiologique que Matthew n’avait jamais été entièrement capable de maîtriser.

– Est-ce pour cela que vous lui avez ordonné de venir ici aujourd’hui ? Pour le forcer à montrer publiquement ses faiblesses ? demandai-je, furieuse. Comment avez-vous pu ? Vous êtes son père !

– Nous sommes une race traîtresse. Je pourrais m’en prendre à lui un jour, dit Philippe, désinvolte. Ou à vous, sorcière.

A ces mots, Matthew renversa la situation et poussa Philippe contre le mur. Mais avant qu’il ait pu prendre l’avantage, Philippe le saisit par le cou. Ils restèrent ainsi face à face.

– Matthew, dit vivement Philippe.

Son fils continuait de pousser, toute humanité disparue en lui. Son seul désir était de battre son adversaire ou le tuer s’il fallait. Certains moments de notre courte relation avaient éclairé d’effrayantes légendes humaines sur les vampires, et c’était le cas en cet instant. Mais je voulais retrouver mon Matthew. Je m’avançai vers lui, pourtant cela ne fit qu’accroître sa fureur.

– Ne t’approche pas, Diana.

– Vous ne devez pas faire cela, milord, dit Pierre en s’approchant de son maître.

Il tendit le bras. J’entendis un craquement, le bras retomba inerte, l’épaule et le coude brisés, et je vis le sang jaillir d’une blessure à son cou.

Pierre frémit en portant la main à la morsure.

– Matthew ! m’écriai-je.

C’était la pire chose à faire. Mon cri de détresse enragea Matthew encore davantage. Pierre n’était rien de plus qu’un obstacle pour lui, désormais. Matthew le projeta de l’autre côté de la grange, où il s’écrasa contre le mur. Pendant tout ce temps, il n’avait pas lâché la gorge de son père.

– Silence, Diana. Matthew est au-delà de toute raison. Matthaios ! cria Philippe.

Matthew cessa d’essayer d’éloigner son père de moi, mais il le tenait toujours aussi fermement.

– Je sais ce que tu as fait. (Philippe attendait que ses paroles fassent mouche.) Tu m’entends, Matthew ? Je connais mon avenir. Tu aurais combattu la fureur si tu avais pu.

Philippe avait déduit que son fils l’avait tué, mais il ignorait comment et pourquoi. Pour lui, la seule explication possible était la maladie de Matthew.

– Vous ne savez pas, dit Matthew d’une voix sourde. Vous ne pouvez pas.

– Tu te comportes comme chaque fois que tu regrettes d’avoir tué: tu es coupable, furtif, distrait, dit Philippe.

– Je vais emmener Diana, répondit Matthew avec une soudaine lucidité. Laissez-nous partir tous les deux.

– Non. Nous affronterons cela ensemble, tous les trois. Te absolvo, Matthaios, dit Philippe, plein de compassion.

Je m’était trompée. Philippe n’avait pas essayé de briser Matthew, mais seulement sa culpabilité. Philippe n’avait finalement pas manqué à son devoir envers son fils.

– Non, s’écria Matthew en se débattant, mais Philippe était plus fort que lui.

– Je te pardonne, répéta son père en le prenant dans ses bras. Je te pardonne.

Matthew se mit à trembler de la tête aux pieds, puis il retomba inerte comme si quelque esprit malin l’avait quitté.

– Je suis désolé*, murmura-t-il. Tellement désolé. »


Extrait 3

« – Tu te trompes.

Il avait passé les mains dans mes cheveux, dénouant les tresses pour laisser s’échapper le parfum de menthe et de camomille du savon que j’utilisais. Ses pupilles étaient énormes et d’un noir d’encre. Il respira un peu mon parfum et un peu de vert y réapparut.

– Dis-moi ce que c’est, alors.

– Ceci. (Il passa la main sur le côté de ma basquine et la déchira en deux. Puis il détacha le cordon qui retenait le large décolleté de ma robe sur mes épaules afin de découvrir le haut de ma poitrine. Son doigt caressa une veine bleue et s’insinua sous l’étoffe.) Chaque jour de ma vie est une lutte pour moi. Je me bats pour maîtriser ma colère et la nausée qui la suit. Contre la faim et la soif, parce que j’estime qu’il n’est pas bien que je prenne le sang d’autres créatures – pas même d’animaux, même si je supporte mieux cela que de le prendre à quelqu’un que je pourrais croiser à nouveau dans la rue. (Il leva les yeux vers moi.) Et je suis déchiré par le besoin indicible de posséder ton corps et ton âme d’une manière qu’aucun sang-chaud ne pourrait imaginer.

– Tu veux mon sang, chuchotai-je. Tu m’as menti.

– Je me suis menti à moi-même.

– Je t’ai dit et répété que tu pouvais le prendre, dis-je. (Je déchirai un peu plus ma robe et inclinai la tête pour découvrir ma jugulaire.) Prends-le. Je m’en moque. Je veux juste que tu me reviennes, dis-je en ravalant un sanglot.

– Tu es ma compagne. Jamais je ne prendrais volontairement ton sang à ta gorge. (Ses doigts froids remirent doucement ma robe en place.) Quand je l’ai fait à Madison, c’était parce que j’étais trop faible pour m’en empêcher.

– Que reproches-tu à mon cou ? demandai-je, décontenancée.

– Les vampires ne mordent au cou que les inconnus et les inférieurs. Pas leurs amants. Et moins encore leurs compagnons.

– La domination, dis-je en repensant à notre précédente conversation sur les vampires, le sang et le sexe. Et la nourriture. Ce sont donc surtout les humains qui sont mordus à cet endroit. Il y a un noyau de vérité dans cette légende sur les vampires.

– Les vampires mordent leur compagne au sein, dit-il. Près du cœur.

Se lèvres se collèrent à ma peau nue au-dessus de ma robe. C’était là qu’il m’avait embrassée lors de notre nuit de noces, quand ses émotions l’avaient vaincu.

– Je croyais que ton désir de m’embrasser là n’était qu’un geste de désir ordinaire.

– Il n’y a rien d’ordinaire dans le désir qu’à un vampire de prendre du sang à cette veine.

Il avança sa bouche un peu plus bas le long de la ligne bleutée et y colla de nouveau ses lèvres.

– Mais si ce n’est pas une question de nourriture ou de domination, qu’est-ce que c’est ?

– L’honnêteté, dit Matthew, avec un regard où le noir l’emportait encore sur le vert. Les vampires ont trop de secrets pour être complètement honnêtes. Nous ne pourrions pas tous les formuler et la plupart sont trop complexes pour être compréhensibles, même au prix d’un grand effort. Et dans mon monde, le partage des secrets est interdit.

– « Je ne suis pas en mesure de te le dire. » Oui, j’ai entendu cela dans ta bouche plusieurs fois.

– Boire le sang de son amant, c’est savoir que rien n’est caché, dit-il en fixant mon sein, le doigt toujours sur la veine. Nous l’appelons la veine du cœur. Le sang y est plus suave. Il procure une sensation de possession et d’identification totale – mais cela exige aussi une parfaite maîtrise de soi pour ne pas se laisser emporter par les émotions qui en découlent, dit-il tristement.

– Et tu crains de ne pas te maîtriser à cause de ta fureur sanguinaire.

– Tu m’as vu sous son emprise. C’est le désir de protéger qui la déclenche. Et qui représente pour toi un plus grand danger que moi ?

D’un coup d’épaule, je fis glisser la robe et enlevai les manches pour me retrouver nue jusqu’à la taille. Je cherchai les lacets et les dénouai.

– Non, dit-il. (Son regard s’était encore assombri.) Il n’y a personne ici au cas où…

– Où tu me saignerais à blanc ? demandai-je en laissant tomber la robe à terre. Si tu n’avais pas assez confiance en toi pour le faire quand Philippe était à portée de voix, tu ne pourras pas plus avec Gallowglass et Pierre qui feraient le guet.

– Ce n’est pas un sujet de plaisanterie.

– Non, dis-je en lui prenant les mains. C’est un sujet qui ne regarde que les maris et les épouses. Une question d’honnêteté et de vérité. Je n’ai rien à te cacher. Si prendre du sang à ma veine doit mettre fin à ton irrépressible besoin de traquer ce que tu imagines comme mes secrets, alors c’est ce que tu vas faire.

– Ce n’est pas quelque chose qu’un vampire ne fait qu’une seule fois, m’avertit-il en tentant de se dégager.

–  C’est bien ce qu’il me semblait aussi, dis-je en glissant mes doigts sur sa nuque. Prends mon sang. Prends mes secrets. Fais ce que ton instinct te crie de faire. Il n’y a ni chaperons, ni jets ici. Dans mes bras, tu devrais être libre, même si tu ne l’es pas ailleurs.

J’attirai sa bouche vers la mienne. Il répondit d’abord en hésitant et ses doigts s’enroulèrent autour de mes poignets comme s’il espérait pouvoir s’échapper à la première occasion. Mais son instinct était puissant et son désir tangible. Les fils qui reliaient le monde bougèrent et s’ajustèrent autour de moi comme pour faire de la place à ce torrent d’émotions. Je l’attirai délicatement en haussant la poitrine à chaque respiration.

Il avait l’air terrifié de blesser mon cœur. Mais il y avait du désir aussi. De la peur et du désir. Rien d’étonnant à ce qu’ils aient tous les deux figuré dans sa dissertation à All Souls à l’époque où il avait remporté sa bourse. Qui mieux qu’un vampire pouvait comprendre leur antagonisme ?

– Je t’aime, chuchotai-je en lâchant ses mains.

Il fallait qu’il le fasse seul. Je ne devais jouer aucun rôle en aidant sa bouche à trouver ma veine. L’attente fut insoutenable, mais il finit par baisser la tête. Mon cœur battait la chamade et je l’entendis prendre une profonde inspiration.

– Le miel. Tu sens toujours le miel, murmura-t-il, fasciné, juste avant de plonger ses dents dans ma chair. »

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Mon Avis:

Un second tome aussi impressionnant que le premier.

Moi qui pensait que les descriptions étaient remarquables dans le livre précédent, je me rend compte qu’elles le sont encore plus ici. Les connaissances historiques de Deborah Harkness se font bien ressentir dans ce voyage à l’époque élisabéthaine. Les descriptions des lieux et de leur histoire, des habitudes vestimentaires et des coutumes en rigueur au XVIe siècle m’ont véritablement émerveillé.

Pour ce qui est de l’histoire, l’auteure m’a tout simplement surprise par son déroulement. Je ne m’attendais pas du tout aux nombreuses révélations ni aux intrigues qui ont marqué ce livre. Je me suis laissée entraîner par le courant et plus j’avançais, plus j’étais étonnée et curieuse de connaître le fin mot de l’histoire… que bien sûr, je n’ai pas connu :D

Il reste bien évidemment les personnages. Alors, ici, il y a beaucoup de nouveaux personnages intéressants qui apparaissent, et bon nombre d’entre eux sont des figures historiques connues (en passant, c’est une idée brillante que de prendre des personnes célèbres pour en faire des vampires et démons). Ils sont tous différents, notamment par leur caractère. Il y en a qu’on adore tout de suite, d’autres qu’on respecte ou qui nous font rire et enfin certains qui ont le don de nous agacer. Personnellement, j’ai énormément apprécié Gallowglass, un vampire de la famille de Matthew, ainsi que Philippe de Clairmont qui, bien qu’étant assez intimidant et froid au début, s’est révélé être un personnage étonnant, imprévisible et sympathique. Et tout comme j’ai adoré ces personnages-là, j’ai moins bien aimé le démon Kit (pardon, Christopher Marlowe !), qui ne m’a rien inspiré de plus que l’exaspération… Mais bon, il doit bien y avoir un petit élément perturbateur ;)

La première partie est plus particulièrement centrée sur Matthew que sur Diana, à mon plus grand bonheur, je dois dire. Matthew est un vampire passionnant, plein de secrets et assez renfermé. Il change beaucoup dans cette autre époque, même envers Diana, et nous découvrons plusieurs facettes de sa personnalité ainsi que quelques souvenirs et secrets qui nous permettent de le comprendre mieux. Nous découvrons également un tout nouveau Matthew vulnérable et attendrissant à souhait !

Donc c’est une excellente suite comme je l’ai fait remarqué, qui nous pousse à lire le troisième et dernier tome car beaucoup de mystères restent irrésolus et comme Diana commence à s’affirmer petit à petit, j’espère la voir plus confiante et plus assurée, plus sûre d’elle par la suite.

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L’Ecole de la Nuit – Deborah Harkness


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